Révolutions. Château. Des histoires vraies ou pas

Synopsis

Je reviens dans ma campagne natale de l’Aveyron après trente ans d’absence. Mon frère vend ses vaches laitières pour une place de régisseur au château du village lorsque son destin bascule. Lancée dans une obscure logique qui relie cette mort soudaine et la reconstruction du château, je questionne mes héritages. La fin et le renouveau, étranges coïncidences et réminiscences d’autres temps, laissent planer en moi une anxiété, comme une peur de réveil du monstre. Situé entre réel et imaginaire, le film observe la vie rurale du village, l’histoire de ce pays que j’avais quitté, mon histoire.

Nouvelle bande annonce à venir
Crédits

Une création documentaire de Brigitte Bousquet
Coproduction AUM Films et Ocho Equis
Productrice déléguée Chantal Dubois
Images Marco Bentz
Son Brigitte Bousquet

Avec le soutien de L’aide à l’écriture et au développement du Centre National de la Cinématographie et de l’Image Animée (CNC)

Démarche

À peine revenue en terre natale et l’ensemble de mes racines tressaille. De ces secousses s’impose l’idée du film Révolutions. Château. À l’heure où les vaches laitières s’effacent des prés, je plonge dans les entrailles de mes héritages. Le film est un point de vue intime où se télescopent les éléments qui me constituent, pour donner un portrait à la fois sensible, réaliste et viscéral du monde rural.

Des révolutions

La première chose qui m’a frappée, avant même mon retour en France, est la reconstruction du château du village. Une grande boucle qui le ramène cinq siècles plus tard, à son état initial de la Renaissance. Et voilà ma preuve de la Révolution française effacée, la révolte de février 1790 réduite à néant.
Une autre révolution est ce retour à mon point de départ géographique. Après une absence de trente ans dont un vibrant passage par la culture animiste d’Amazonie, je retrouve ce milieu paysan doublement subi en tant que fille d’agriculteur, par l’insulte sociale et le sexisme qui veut qu’une femme n’ait pas de valeur pour la terre.
Huit mois après mon retour, mon frère, agriculteur et maire du village, chute en démontant le toit de la stabulation qui abritait son troupeau de vaches laitière. Parce qu’il ne parvient plus à vivre de la ferme familiale, Gilles arrête l’exploitation pour devenir salarié au château Renaissance du village. La perte de mon frère, le destin de la ferme et des terres, tout vient remuer l’héritage familial, car si le droit d’aînesse n’existe plus, à cinq kilomètres de Farrebique et soixante dix ans du film de Rouquier, la reprise de la ferme par un fils reste d’actualité. Est-ce que ce patrimoine n’est pas lui aussi en fin de cycle ?

Des histoires vraies ou pas…

La causalité entre le décès de Gilles et la reconstruction du château m’échappe, pourtant elle s’est immédiatement imposée comme une évidence. Quel inconscient en est la cause, le personnel, le familial, le collectif ?

Je décortique la Renaissance, ce début de l’époque moderne avec le rationalisme, la finance, la généralisation du droit écrit et l’héritage du lignage par le fils aîné. D’un côté, le château, évident symbole de pouvoir du patriarcat et sa reconstruction qui annule la remise en question de ce même pouvoir. En face, mon frère, paysan malgré lui car le seul fils de la fratrie, écrasé par le poids de la tradition et de sa responsabilité d’aîné.
J’observe la vie des paysans du village, fouille l’histoire du château et les mémoires qui nous sont parvenues, m’interroge sur l’héritage et sonde ma famille, j’épluche jusqu’à mes carnets intimes où certains rêves m’annonçaient la catastrophe et donnaient des indices sur mon frère.
De la collision de ces mondes surgit la trame narrative où la vérité documentaire s’enrichit au contact de la dimension poétique des fictions oniriques.

Anéantir le temps

Les prémonitions de la chute de mon frère et la reconstruction du château originel, m’ont fait questionner la notion de temps. Le temps linéaire, celui que nous percevons, ne m’offre pas de réponse, pas plus que le temps relatif de la physique, en revanche l’illusion du Samsara des bouddhistes, leur conception cyclique du temps et surtout l’existence d’un hors-temps me donne une piste. J’aurais donc perçu des informations hors du temps !? Pour traduire cette sensation le film se déroule sur une seule révolution terrestre, où chaque mois égrène son lot de scènes sans tenir compte de l’année.